Quelques semaines après avoir présenté son modèle d’IA GENE-26.5, la start-up française Genesis AI a dévoilé Eno, son premier robot généraliste. Soutenue notamment par Eric Schmidt (Google) et Xavier Niel, l’entreprise souhaite se positionner sur le marché des robots capables d’exécuter une grande variété de tâches. Avec une particularité, cependant : Eno ne cherche pas à imiter l’apparence humaine, mais uniquement ses capacités.
Un robot conçu pour agir comme un humain, sans lui ressembler
Présenté le 16 juin, Eno se distingue des robots humanoïdes traditionnels tels que les célèbres G1 de Unitree ou Figure 03 de Figure AI par son architecture atypique. L’appareil ne possède ni jambes ni tête. Il repose sur une base mobile à roulettes surmontée d’une structure pliable et ajustable en hauteur. Selon Genesis AI, ce choix répond à des contraintes pratiques plutôt qu’esthétiques.
L’entreprise explique avoir conçu le robot « autour des capacités humaines » plutôt qu’autour de l’apparence humaine. Ses mains constituent l’élément le plus proche de l’anatomie humaine. Genesis AI affirme qu’elles reproduisent « exactement la forme et la fonction des mains humaines » afin de pouvoir utiliser les outils et objets déjà présents dans les environnements de travail.
Cette conception répond également aux besoins des premiers marchés visés.
« La plupart des clients industriels travaillent sur des sols plats où les roues suffisent ; les jambes ne se justifieraient que pour grimper des escaliers, un cas de figure encore marginal », explique Théophile Gervet, cofondateur de Genesis AI, pour La Tribune.
Certaines versions d’Eno pourront également intégrer un écran affichant une « interface cognitive » présentant l’état du robot, ses intentions ou encore des informations sur son raisonnement.
GENE, une IA destinée à gérer des tâches complexes de bout en bout
Sous son enveloppe matérielle, Eno repose sur GENE, le modèle d’intelligence artificielle développé par Genesis AI. La société affirme que ce système permet au robot de comprendre un contexte, de le mémoriser, puis de s’adapter lorsque les conditions évoluent.
Selon l’entreprise, Eno est capable de planifier et d’exécuter des tâches composées de multiples étapes sur des périodes prolongées. Les démonstrations présentées par Genesis AI montrent notamment le robot réalisant des expériences de laboratoire, manipulant des objets complexes, préparant des repas ou résolvant un Rubik’s Cube.
Pour Théophile Gervet, l’objectif est de dépasser les limites des robots industriels classiques, souvent cantonnés à des tâches très répétitives dans des environnements parfaitement contrôlés. « Toutes les tâches les plus répétitives dans l’automobile sont automatisées. Mais dès qu’il y a un peu de variété, si la position des objets change, si l’environnement évolue d’une semaine à l’autre, cela ne vaut pas le coup d’installer un robot industriel et de le programmer pendant des mois », explique-t-il.
La start-up présente ainsi Eno comme un « agent physique » capable de gérer un objectif complet plutôt qu’une simple succession d’ordres :
« Contrairement aux robots traditionnels qui exécutent des commandes isolées, GENE permet à Eno de fonctionner comme un véritable agent physique, capable de gérer des objectifs de A à Z », affirme Théophile Gervet.
Cette approche vise à appliquer à la robotique les mécanismes qui ont permis l’émergence des grands modèles de langage. Selon le dirigeant, l’entraînement sur une grande diversité de données doit permettre aux robots de développer des compétences généralistes avant de s’adapter à des usages spécifiques.

Eno : une commercialisation dans l’industrie, puis le grand public ?
Fondée début 2025 par Théophile Gervet et Zhou Xian, Genesis AI dispose de bureaux à Paris et dans la Silicon Valley. L’entreprise a levé 105 millions de dollars, soit environ 90,6 millions d’euros, l’un des plus importants tours d’amorçage réalisés par une jeune société française dans le domaine de l’intelligence artificielle et de la robotique.
A noter que Théophile Gervet a précédemment travaillé chez Meta, puis Mistral, à la création de modèles multimodaux.
Les premiers déploiements d’Eno sont prévus au quatrième trimestre 2026. Genesis AI cible en priorité l’industrie, la logistique et les laboratoires, où le robot pourrait notamment assurer l’approvisionnement de lignes de production ou participer à des protocoles expérimentaux. Les secteurs hospitalier et hôtelier figurent parmi les étapes suivantes avant une éventuelle arrivée sur le marché domestique.
La société a déjà fabriqué plusieurs dizaines d’unités et prévoit d’augmenter sa production au cours du second semestre 2026. En parallèle, elle poursuit le développement de ses outils logiciels, notamment Genesis World 1.0, une plateforme de simulation destinée à entraîner les robots dans des environnements virtuels.
À plus long terme, Genesis AI mise sur une adoption massive de la robotique alimentée par l’IA. Théophile Gervet estime ainsi que d’ici à dix ans, « un milliard de robots » seront déployés « dans les hôpitaux, les maisons et tous types d’industries ».
Avec Eno, Genesis AI fait le pari qu’un robot polyvalent n’a pas besoin de reproduire l’apparence humaine pour être efficace. En associant une architecture simplifiée à un modèle d’IA conçu pour gérer des tâches variées, la start-up française cherche à se positionner sur le marché naissant des robots généralistes, d’abord dans l’industrie et les laboratoires, avant d’envisager des usages plus larges. Et vous, l’adopteriez-vous chez vous ?
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