Après plus de vingt ans à incarner la robotique domestique grand public, iRobot, créateur des robots aspirateurs Roomba, a déposé le bilan. L’entreprise américaine doit être reprise par son principal fournisseur et créancier chinois, Picea Robotics, dans un contexte de concurrence accrue, de difficultés financières durables et d’échec de son rachat par Amazon.
iRobot : une faillite suivie d’un rachat par Picea Robotics
Dimanche 14 décembre, iRobot a déposé une demande de protection au titre du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, auprès d’un tribunal du Delaware. Cette procédure doit permettre à l’entreprise, qui emploie encore environ 274 salariés, de poursuivre ses activités pour honorer ses engagements, tout en préparant la transition pour sa reprise. Dans ce cadre, iRobot a conclu un accord avec Picea Robotics, son principal fabricant et fournisseur basé à Shenzhen, qui deviendra propriétaire de la firme.
iRobot devait entre 264 et 352 millions de dollars à Picea, selon les sources. Un montant correspondant notamment à un prêt établi auprès de son sous-traitant, qui devait servir à remettre l’entreprise sur pieds. Dans le cadre du plan de reprise, le groupe chinois s’est engagé à annuler une large part de cette dette. Les actions d’iRobot doivent être retirées du Nasdaq, marquant la sortie de l’entreprise des marchés financiers américains.
La société assure que cette procédure n’aura pas d’impact immédiat sur les utilisateurs : le fonctionnement des Roomba, de l’application mobile et du service client doit être maintenu pendant la restructuration.
Robots aspirateurs concurrents, Amazon… Les raisons du dépôt de bilan
Pionnière des aspirateurs robots au début des années 2000, iRobot a vu sa position s’éroder face à l’arrivée de concurrents, notamment chinois, comme Ecovacs ou Roborock. Ces acteurs ont proposé des produits moins chers, souvent perçus comme plus avancés technologiquement, contraignant iRobot à baisser ses prix et à accroître ses investissements.
En 2024, le chiffre d’affaires du groupe a reculé de 23 %, à 682 millions de dollars, après un ralentissement amorcé à la sortie de la crise sanitaire. La société revendique toutefois avoir vendu près de 50 millions d’aspirateurs robots depuis sa création.
Autre coup dur : l’abandon, début 2024, du projet de rachat par Amazon. Le géant du commerce en ligne avait proposé plus d’1,5 milliard de dollars pour acquérir iRobot, mais l’opération avait été bloquée par les autorités européennes, invoquant un problème potentiel de concurrence déloyale. À l’issue de cet échec, iRobot avait supprimé environ un tiers de ses effectifs.

Du mythe Roomba à l’échec d’iRobot : histoire d’un pionnier de la robotique domestique
iRobot a été fondée en 1990 par des roboticiens du MIT, dont Colin Angle, Helen Greiner et Rodney Brooks, connu notamment pour ses prises de position très critiques envers les robots humanoïdes actuels. La firme s’était d’abord illustrée dans la robotique militaire et spatiale avant de lancer le Roomba en 2002. Le produit est devenu si populaire que son nom s’est imposé comme un terme générique pour désigner les aspirateurs robots.
Pour Colin Angle, ancien PDG et cofondateur, la faillite d’iRobot est largement liée aux choix réglementaires de l’Europe et de la première administration Trump, qui avait augmenté les droits de douane en 2018. Il estime, en particulier, que le blocage du rachat par Amazon a été déterminant.
« C’est un coup dur pour la robotique et un jour tragique pour l’innovation américaine », a-t-il déclaré à The Verge. « C’était notre foutu marché : nous avons inventé la robotique grand public. »
D’autres analyses soulignent toutefois des choix industriels discutés, notamment le retard pris dans l’adoption de certaines technologies, comme le passage d’une navigation par caméra (vSLAM) à un système LiDAR, utilisé par ses concurrents. Ou encore la vente de modèles combinant aspiration et lavage. Si Angle avoue sa faute sur ce dernier point, il conteste le choix du LiDAR de son successeur Gary Cohen, qui selon lui, limite les capacités du robot.
« Construire des robots qui se soucient de leur tâche, qui savent quand ils ont raté un endroit et qui y retournent pour s’assurer que le travail est fait, nécessite un niveau d’intelligence et de perception qu’aucun LiDAR ne peut offrir », explique Angle.
En parallèle, les nombreux brevets déposés par iRobot, tels que ses brosses à double rouleau, ont expiré en 2023, laissant encore plus de place à la concurrence.
La faillite d’iRobot marque un tournant pour l’un des symboles de la robotique domestique. En passant sous contrôle chinois, l’inventeur du Roomba illustre à la fois la montée en puissance des industriels asiatiques et les fragilités d’un modèle pionnier confronté à une concurrence mondialisée, à des choix réglementaires contraignants et à des mutations rapides du marché. Et vous, restez-vous fidèle à votre Roomba ?
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