Après des mois d’inquiétudes autour du modèle IA Mythos, jugé trop dangereux pour être diffusé publiquement, Anthropic change de cap. La start-up américaine a annoncé le 9 juin 2026 le lancement de Claude Fable 5, la première version grand public d’un modèle de classe Mythos. Présenté comme son système le plus performant à ce jour, il conserve le moteur de son prédécesseur controversé tout en y ajoutant des garde-fous destinés à limiter les usages sensibles.
Claude Fable 5 : une version grand public du modèle le plus avancé d’Anthropic
Claude Fable 5 marque une étape importante pour Anthropic. Jusqu’à présent, les modèles de classe Mythos étaient considérés comme trop risqués pour être mis à disposition du grand public. Début avril, lors de la révélation de l’existence de Mythos, l’entreprise avait en effet expliqué que Mythos était capable de détecter de nombreuses failles dans des programmes informatiques.
« Les capacités d’un modèle comme celui-ci pourraient causer du tort si elles tombaient entre de mauvaises mains, et par conséquent, nous ne publierons pas ce modèle », avait détaillé Dario Amodei, cofondateur d’Anthropic.
Deux mois plus tard, la société dévoile pourtant Claude Fable 5, qu’elle décrit comme « la première version grand public d’un modèle de classe Mythos ». Selon Anthropic, ce nouveau modèle excelle dans l’ingénierie logicielle, le raisonnement, la vision et la recherche scientifique. L’entreprise affirme également que son avantage se renforce à mesure que les tâches deviennent plus longues et complexes.

Les résultats publiés mettent en avant un bond significatif en programmation. Sur le benchmark SWE-Bench Pro, Fable 5 atteindrait 80,3 %, contre 69,2 % pour Claude Opus 4.8, 58,6 % pour GPT-5.5 et 54,2 % pour Gemini 3.1 Pro. Sur FrontierCode Diamond, consacré aux défis de développement les plus difficiles, il afficherait 29,3 %, soit plus du double du score d’Opus 4.8.
Anthropic cite également plusieurs démonstrations concrètes. La plateforme Stripe aurait utilisé le modèle pour migrer une base de code Ruby de 50 millions de lignes en 24 heures, une opération qui aurait normalement nécessité plusieurs mois de travail humain. Plus insolite : alors qu’on connaissait les capacités de certains modèles IA à créer des jeux vidéo, Fable 5 est aussi parvenu à terminer Pokémon Rouge Feu à partir de simples captures d’écran, sans carte ni assistance de navigation.
Des garde-fous pour contenir un modèle IA jugé « trop dangereux »
La principale différence entre Fable 5 et Mythos réside dans les restrictions appliquées au modèle.
Anthropic a intégré des classificateurs capables d’identifier certaines requêtes à haut risque. Les demandes touchant à la cybersécurité offensive, à la biologie, à la chimie ou encore à ce qu’on nomme la « distillation » de modèles sont automatiquement redirigées vers Claude Opus 4.8, considéré comme moins sensible dans ces domaines.
La distillation correspond en fait à la capture de données, par l’envoi de requêtes, dans le but de reproduire les capacités d’un modèle IA pour entraîner d’autres modèles.
L’entreprise affirme que cette rétrogradation ne concernerait qu’une faible part des usages : plus de 95 % des sessions se dérouleraient intégralement sur Fable 5 sans intervention des filtres de sécurité.
Selon Anthropic, ces protections ont été développées après « des tests approfondis » réalisés en interne ainsi qu’en collaboration « avec des organisations externes spécialisées dans les tests d’intrusion ».
L’entreprise indique par ailleurs que l’activité des utilisateurs de modèles de classe Mythos sera conservée pendant 30 jours afin d’améliorer la détection des attaques sophistiquées et de réduire les faux positifs, sans que ces données ne servent à entraîner ses modèles.
Mythos 5 reste réservé à un cercle restreint
En parallèle, Anthropic déploie Claude Mythos 5, une version reposant sur le même moteur sous-jacent mais dépourvue de certaines restrictions, notamment en matière de cybersécurité.
L’accès demeure limité aux membres du Project Glasswing, un programme de cyberdéfense mené avec le gouvernement américain. Initialement réservé à quelques entreprises américaines, le dispositif s’est progressivement élargi à environ 150 organisations réparties dans plus d’une quinzaine de pays, y compris des acteurs européens.
Cette stratégie ne fait toutefois pas l’unanimité. Arthur Mensch, cofondateur et dirigeant de Mistral AI, a qualifié cette approche de « marketing de la peur ». D’autres observateurs redoutent qu’elle n’ouvre la voie à une concentration du contrôle des IA les plus puissantes entre les mains des grandes entreprises et des autorités américaines.
Disponible immédiatement via l’API Claude et les offres Enterprise, Fable 5 est inclus sans surcoût dans les abonnements Pro, Max, Team et Enterprise jusqu’au 22 juin. Au-delà, son utilisation reposera sur un système de crédits. Facturé 10 $ par million de tokens en entrée et 50 $ en sortie, il devient également le modèle public le plus coûteux proposé à ce jour par Anthropic.
En ouvrant l’accès à Fable 5 tout en maintenant Mythos 5 derrière des portes closes, Anthropic tente ainsi de concilier innovation et prudence. Une position délicate, alors même que l’entreprise appelait encore récemment à ralentir le développement des IA les plus avancées. Et vous, que pensez-vous de ce nouveau modèle Claude Fable 5 ? Avez-vous hâte de le tester ou craignez-vous un hacking et des répercussions dangereuses pour la cybersécurité ?
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