Après l’entreprise Coco Robotics, fin 2024, c’est au tour de Serve Robotics de lancer sa propre flotille de robots livreurs dans la métropole américaine.
Serve Robotics, une entreprise de Los Angeles spécialisée dans la livraison de repas et colis autonome, a déployé ses premières unités à Chicago depuis le 30 septembre. Elle entre ainsi en concurrence avec Coco Robotics, qui s’était déjà établie dans la ville de l’Illinois depuis fin 2024. Une guerre des robots, ou du moins une cohabitation, qui pourrait devenir courante aux Etats-Unis où des milliers de machines sont déjà utilisées.
Les robots livreurs à l’assaut de Chicago
Moins d’un an après l’arrivée de Coco dans les 27e et 34e arrondissements, Serve Robotics a mis en circulation « des dizaines » de ses machines à travers Chicago.
Ces robots aux couleurs vert et blanc sillonnent désormais 14 quartiers de la ville, dont Austin, Little Italy ou Logan Square, pour livrer les commandes de plus de 100 restaurants partenaires. Des milliers de foyers peuvent ainsi bénéficier de ce service.
Pour Logan Doub, directeur général de Coco Robotics, l’arrivée de Serve ne menace pas son activité : « La demande de livraison à Chicago est forte et en croissance », explique-t-il dans un e-mail relayé par Wbez Chicago. « Avec des milliers de livraisons chaque semaine dans toute la ville, et de plus en plus de restaurants et de quartiers connectés, il y a largement de quoi faire pour plusieurs entreprises. »
Il ajoute, concernant les objectifs de Coco : « Notre priorité reste d’offrir un service rapide et fiable, et de continuer à nous développer là où restaurants et clients ont le plus besoin de nous. »
Comment fonctionnent les robots livreurs de Serve ?
Les robots de Serve se distinguent par leur gabarit légèrement supérieur à celui des modèles de Coco, qui sont hauts de 57 cm et dotés d’un compartiment de 38 cm de profondeur. Ils possèdent une charge utile de 22 kg et une capacité de 50 à 57 litres, soit l’équivalent de six grandes pizzas. Serve n’a toutefois pas communiqué les dimensions exactes de ses machines.
Ces petits véhicules autonomes sont pilotés par l’intelligence artificielle, mais peuvent être pris en main à distance par un humain. Ils s’appuient sur une combinaison de capteurs comprenant un LiDAR à 360 degrés, plusieurs caméras RGB et « temps de vol », ainsi qu’un GPS. Leur vitesse de pointe potentielle est de 18 km/h.
Comme pour Coco, les clients passent généralement commande via une application de livraison telle que Uber Eats ou DoorDash. Puis, le client rejoint le robot sur le trottoir et déverrouille le compartiment via l’application. Chaque robot ne livre qu’un client à la fois.
Les clients peuvent décider de refuser une livraison par robot. Si tel n’est pas le cas, l’entreprise se réserve ensuite le droit d’envoyer soit une de ses machines, soit un livreur humain. Pour cela, elle juge de leur efficacité selon plusieurs critères comme l’heure et le trajet.
Sécurité et fiabilité : ce que disent les premiers tests à Chicago
Ali Kashani, PDG et cofondateur de Serve Robotics, insiste sur la nécessité d’un design voyant : « C’est important pour la visibilité… Quand les robots se trouvent dans votre champ périphérique, vous pouvez ne pas les remarquer s’ils sont trop bas ». Il ajoute : « Ils disposent aussi d’un anneau lumineux sur le dessus. Tout cela pour qu’on les remarque et réduire au minimum les problèmes potentiels, y compris les risques de collision avec des passants. »
Comme ses concurrents, la société mise sur une autonomie avancée. Les robots peuvent franchir passages piétons et intersections, même animés, mais un opérateur humain reste prêt à intervenir à distance, si besoin. « L’humain est là pour aider, mais le robot peut faire la plupart des choses seul », a déclaré Kashani.

Chez Coco, le bilan est jugé positif. Logan Doub affirme que les machines n’ont été impliquées dans « aucun accident majeur » depuis le lancement. Ce qu’a confirmé la porte-parole du Conseiller municipal Bill Conway, dans le 34e arrondissement.
L’expérimentation a aussi permis de perfectionner les itinéraires et de s’adapter aux contraintes locales, comme la neige et le froid. Résultat, selon lui : « un volume élevé de livraisons sûres et fiables chaque semaine, avec des clients qui nous disent constamment que la nourriture arrive à l’heure et à la bonne température. »
Livraison autonome : opportunité ou menace pour les travailleurs ?
Sans donner de chiffre exact, Coco revendique aujourd’hui bien plus que les 20 robots déployés lors du pilote initial. Ce sont désormais 125 restaurants et commerces qui sont desservis par eux à Chicago.
Déjà active à Los Angeles, Miami, Dallas-Fort Worth et Atlanta, Serve accélère elle aussi son expansion. L’entreprise s’appuie sur un accord conclu en 2023 avec Uber Eats, prévoyant le déploiement de 2 000 robots à travers le pays. Un objectif qu’elle devrait atteindre d’ici fin 2025.
Le secteur attire de gros investisseurs. Cette année, Uber s’est aussi associé à Flytrex, spécialisé dans les drones livreurs. Quant à Serve, ils avaient déjà bénéficié en 2022 de 10 millions de dollars du fabricant de puces électroniques NVIDIA. Preuve que les grands acteurs de la tech et de la livraison à domicile croient en ce marché.
Le Vieux continent semble bien en retard par rapport aux USA. Just Eat, en coopération avec l’entreprise de robotique RIVR, indiquait en août 2025 être le premier service de livraison autonome de plats cuisinés en Europe. Alors en phase de test à Zurich, le modèle ne prenait les commandes que d’un seul restaurant.
Face aux inquiétudes, Serve tente de rassurer : les robots ne signeront pas, selon eux, la fin des livreurs humains. Kashani pense qu’ils sont, au contraire, complémentaires. « Si c’est une courte distance, un robot devrait s’en charger, surtout dans les zones congestionnées. Car si un humain devait faire cette livraison, il passerait beaucoup de temps à chercher une place de stationnement et à gérer le trafic », a-t-il expliqué.
L’arrivée des robots sur le marché de la livraison de plats cuisinés pourrait donc, dans un premier temps, épauler les humains dans les tâches les plus chronophages. Mais n’est-ce pas, à long terme, un danger pour les travailleurs, comme ceux d’Uber Eats ? Dans un secteur où leur statut est déjà considéré comme précaire, ne risque-t-on pas d’assister plus tard à leur remplacement ou à une baisse de leurs rémunérations ? Et vous, qu’en pensez-vous ? Commanderiez-vous à manger avec un robot ?
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