Sunday Robotics ambitionne d’imposer une nouvelle génération de robots domestiques avec Memo, un « semi-humanoïde » pensé pour accomplir des tâches ménagères longues et complexes. Présenté le 19 novembre 2025, ce modèle reposerait sur un entraînement massif en conditions réelles et une architecture mécanique robuste, avec un objectif de déploiement progressif d’ici 2028.
Un robot entraîné sur 10 millions de scènes du quotidien
Sunday Robotics a misé sur des données en situation réelle pour l’apprentissage de Memo. La start-up affirme avoir collecté près de 10 millions de séquences issues de plus de 500 foyers, grâce aux Skill Capture Gloves, des gants connectés capables d’enregistrer précisément gestes, forces appliquées et habitudes de rangement des humains.
Ces démonstrations ont servi à entraîner ACT-1, le modèle d’IA propriétaire qui pilote le robot. L’entreprise estime que cette base, fondée sur des environnements authentiques plutôt que par téléopération du robot en laboratoire, permet au système d’aborder des tâches difficiles en plusieurs phases. Par exemple, débarrasser une table, charger et démarrer un lave-vaisselle ou plier du linge, même dans des logements jamais vus auparavant. Memo peut aussi naviguer en étant entraîné sur des cartes 3D des environnements où il est déployé. L’entreprise explique :
“En l’exposant à un vaste ensemble de données diversifiées d’agencements de logements, il apprend à interpréter ces cartes plutôt qu’à mémoriser des logements spécifiques. Ainsi, lorsqu’il est placé dans un nouveau logement, ACT-1 est capable d’utiliser la carte 3D fournie pour se diriger vers les lieux clés.”
Dans la présentation officielle, Tony Zhao, cofondateur de Sunday, résume ces approches en déclarant : « Le problème a toujours été les données ». Selon lui, les robots domestiques dérivés de modèles industriels échouent souvent face aux situations imprévisibles des foyers. Il souligne que les gants donnent accès à des heures d’expérience pratique correspondant à ce dont les familles ont réellement besoin. D’après Zhao, cité par Numerama, ce procédé permettrait un taux de transformation du geste humain en action robotique supérieur à 90 %.

Eric Vishria, associé chez Benchmark, abonde en ce sens, en rappelant que le volume de données disponibles dans le secteur reste insuffisant :
« La promesse de la robotique IA n’est pas des sauts périlleux ou des démonstrations de danse, mais des robots qui fonctionnent dans des situations réelles et désordonnées. »
Une prise de position qui rappelle les critiques de la société française Wandercraft, fabricant du robot Calvin-40, à l’encontre des géants de la robotique comme Tesla Optimus, Unitree ou Boston Dynamics, surtout connus pour leurs démonstrations spectaculaires.
Un design « semi-humanoïde » pensé pour la stabilité et l’usage domestique
Haut de 1,70 m pour 77 kg, le robot pourrait monter ou abaisser son buste, saisir des objets fragiles et naviguer dans des espaces encombrés.
Contrairement aux nombreux humanoïdes à jambes présentés ces derniers mois, Memo privilégie une architecture verticale montée sur roues afin d’assurer stabilité et efficacité énergétique. Sunday précise que ce choix mécanique évite les risques de chute, y compris en cas de coupure de courant. C’est d’ailleurs aussi le parti pris de Ant Group pour son R1. Côté dextérité, Sunday a fait le choix de mains en forme de pinces, bien loin des mains complexes choisies par la plupart de ses concurrents.
Son esthétique tranche aussi avec celle des modèles humanoïdes classiques, qui visent la modernité ou le réalisme anthropomorphique. Son corps blanc en silicone, sa tête cartoonesque et ses casquettes colorées lui donnent une allure rétro-futuriste. Plusieurs sources le comparent à un mélange entre un Playmobil géant et des références inspirées de la pop culture. Cette approche plus accueillante viserait à mieux intégrer le robot aux intérieurs, sans rappeler la robotique industrielle.
Ce design simplifié doit aussi favoriser l’autonomie. Sunday affirme que Memo peut fonctionner environ quatre heures après une heure de charge. En revanche, l’absence de jambes l’empêche de monter des escaliers, ce qui s’avère contraignant pour les logements avec étages.
Sunday Robotics prévoit pour Memo une commercialisation progressive
Sunday Robotics est basée à Mountain View et a été fondée par Tony Zhao et Cheng Chi ; tous deux passés par Stanford et plusieurs grandes entreprises comme Google DeepMind, Tesla, Toyota ou Apple. La start-up prépare un déploiement par étapes. L’entreprise prévoit une phase bêta à partir de fin 2026 (« Founding Family »), accessible sur candidature, afin de tester Memo dans des conditions domestiques réelles. Cinquante foyers seront choisis pour ces essais. Un déploiement plus important pourrait intervenir, si tout va bien, entre 2027 et 2028.
Les coûts de fabrication demeurent élevés pour l’instant : la production unitaire atteint environ 20 000 dollars. Un montant qui pourrait toutefois diminuer de moitié, une fois arrivé à l’étape de l’industrialisation, selon Sunday. Les gants utilisés pour l’apprentissage seraient beaucoup moins coûteux : autour de 200 dollars pour leur production, d’après le constructeur. Un écart important avec de nombreux dispositifs de télé-opération haut de gamme, souvent facturés plusieurs dizaines de milliers de dollars. Plus de 2 000 paires de ces gants auraient déjà été expédiées aux États-Unis.

L’annonce de Memo s’inscrit dans un essor plus global de la robotique domestique. Aux États-Unis, Figure AI a récemment dévoilé Figure 03, une nouvelle génération d’humanoïdes qui seraient capables de collaborer entre eux ou de manipuler des objets jamais vus auparavant. La firme 1X Technologies a également ouvert les précommandes pour son robot Neo. Dans ce contexte, Sunday parie sur une combinaison d’apprentissage massif en conditions réelles et d’ingénierie simplifiée pour se démarquer.
Avec Memo, Sunday Robotics tente de redéfinir le robot domestique à partir de données authentiques, d’un design accessible et d’une approche pragmatique de la mobilité. Si les capacités annoncées impressionnent, la véritable épreuve aura lieu lors du test grandeur nature prévu en 2026, avant une possible démocratisation à la fin de la décennie. Et vous, à votre avis, quelle approche a le plus de chances de fonctionner ?
Certains liens de cet article peuvent être affiliés.
