L’annonce d’un vaste programme de déploiement de robots humanoïdes à des postes-frontières chinois, à la frontière avec le Vietnam, pourrait marquer une nouvelle étape dans l’automatisation sécuritaire. Le fabricant UBTECH a confirmé un contrat majeur pour équiper une zone du Guangxi avec ses modèles Walker S2. Et ce, deux semaines après avoir diffusé une vidéo dystopique montrant des rangées de robots prêts à être expédiés.
Des robots humanoïdes chinois affectés au contrôle frontalier
La Chine prévoit d’utiliser des robots humanoïdes pour épauler les équipes chargées de la surveillance et de l’accueil des voyageurs à certains points de passage avec le Vietnam. UBTECH, basée à Shenzhen, a en effet annoncé avoir signé un contrat estimé à 37 millions de dollars avec un centre de tests robotiques situé à Fangchenggang, près de cette frontière, dans la région autonome du Guangxi.
Ses robots Walker S2 seront déployés dans le cadre d’un projet pilote visant à analyser leur utilité pour la gestion des foules, les patrouilles, l’assistance aux voyageurs, certains services commerciaux et la logistique.
Cette annonce intervient peu après la diffusion d’une vidéo montrant un hangar rempli de robots Walker S2 alignés et se déplaçant à l’unisson. Ce film, largement commenté en ligne, a été présenté par l’entreprise comme une première mondiale pour la robotique humanoïde.
« Énorme étape franchie ! La toute première livraison massive de robots humanoïdes au monde est terminée ! Des centaines de UBTECH Walker S2 ont été livrés à nos partenaires. L’avenir de l’automatisation industrielle est arrivé. En avant vers la transformation ! », a déclaré UBTECH sur YouTube.
Pour ce projet frontalier, les premières livraisons doivent commencer en décembre, selon l’entreprise.
Walker S2 de UBTECH : Caractéristiques techniques de l’androïde
Le Walker S2 mesure entre 1,62 m et 1,76 m, pour un poids entre 43 et 73 kg selon les configurations. Il pourrait marcher, selon l’entreprise, jusqu’à 7,2 km/h et porter jusqu’à 15 kg de charge utile, grâce à ses mains, qui sont dotées de capteurs tactiles.
Il embarque aussi un modèle de langage destiné aux interactions vocales, complété par des microphones et haut-parleurs intégrés. Le S2 serait même capable de remplacer lui-même sa batterie en quelques minutes. Mais pour l’heure, UBTECH n’a pas indiqué si les robots opérant aux frontières seraient guidés par une IA autonome ou dirigés à distance.

L’entreprise, déjà active pour des secteurs industriels, revendique 1,1 milliard de yuans (environ 134 millions d’euros) de chiffre d’affaires générés par la série Walker cette année. Elle prévoit également d’augmenter fortement la cadence. Selon des informations relayées par SCMP, 500 robots Walker S2 devraient être livrés d’ici fin 2025, et les futurs objectifs seraient de 5 000 en 2026 et 10 000 unités en 2027.
Une montée en puissance rapide de la robotique humanoïde chinoise
Si l’entreprise met en avant l’intérêt de confier à ces machines des tâches répétitives ou éprouvantes, cette opération ne fait pas l’unanimité. Plusieurs observateurs évoquent une dimension dystopique, liée à l’idée d’une « armée » de robots opérant dans un contexte aussi sensible que les frontières. D’autres y voient au contraire une possible amélioration, les robots étant dépourvus de biais émotionnels.
Le recours de la Chine à ces robots s’inscrit dans une stratégie nationale visant à accélérer le développement de l’industrie humanoïde, sur fond de compétition avec les Etats-Unis. Pékin souhaite faire émerger des leaders mondiaux du secteur. Selon des chiffres rapportés par The Straits Times, les estimations du cabinet Leaderobot prévoyaient en avril dernier que le marché chinois pourrait atteindre 82 milliards de yuans (environ 10 milliards d’euros) en 2025, soit environ la moitié des ventes mondiales.
En Chine, la discipline bénéficie même d’une exposition médiatique élargie. Pékin a accueilli en août les premiers « jeux mondiaux des robots humanoïdes », avec plus de 500 participants. Des exploits « sportifs » suivis, récemment, du record mondial de la plus longue marche pour un androïde, décroché par AgiBot A2.
Le déploiement des robots Walker S2 à la frontière sino-vietnamienne illustre une évolution rapide de la robotique en Chine, portée par des investissements massifs et une volonté affichée de structurer une filière stratégique. Si le projet reste expérimental, il marque une nouvelle phase où les humanoïdes sortent des démonstrations pour entrer dans des usages opérationnels. Et vous, que pensez-vous de cette « armée de robots » postée à une frontière : plutôt utile, ou effrayante réplique du film I, Robot ?
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