Ancien pilier de la recherche en intelligence artificielle chez Meta, Yann LeCun s’apprête à lancer, à Paris, sa propre start-up, baptisée Advanced Machine Intelligence Labs (AMI Labs). Le projet, encore en phase de préparation, vise une levée de fonds massive et affiche une ambition technologique qui tranche avec les approches dominantes de l’IA générative.
AMI Labs : une levée de fonds de 500 millions d’euros avant même son lancement
Selon des informations révélées par le Financial Times, Yann LeCun est en discussions préliminaires pour lever 500 millions d’euros. Une opération qui valoriserait AMI Labs autour de 3 milliards d’euros avant son lancement officiel, attendu en janvier 2026. Les montants évoqués restent susceptibles d’évoluer, les échanges étant encore à un stade précoce.
AMI Labs serait ainsi directement propulsée parmi les licornes françaises, c’est-à-dire les jeunes entreprises valorisées à plus d’1 milliard de dollars, derrière des acteurs comme Mistral AI, Doctolib ou Back Market. Elle dépasserait même, dès son lancement, BlaBlaCar.
Lauréat du prix Turing en 2018, l’équivalent du Nobel pour l’informatique, Yann LeCun quittera officiellement Meta à la fin de l’année après douze ans passés au sein du groupe. Il occupera le rôle de président exécutif d’AMI Labs. La start-up sera basée à Paris, un choix qui souligne l’attractivité de l’écosystème français pour des projets de recherche avancée en IA.
« La Silicon Valley est complètement hypnotisée par les modèles actuels d’IA générative. Pour mener ce genre de recherches nouvelles, il faut donc aller hors de la vallée… à Paris », expliquait Yann LeCun début décembre, durant la conférence AI-Pulse.
Alexandre LeBrun nommé directeur général et un partenariat avec Nabla
Pour diriger l’entreprise au quotidien, Yann LeCun a choisi Alexandre LeBrun, cofondateur et directeur général de la start-up française de santé numérique Nabla. Diplômé de Polytechnique et de Télécom Paris, Alexandre LeBrun a lui aussi travaillé dans les laboratoires d’IA de Meta et Facebook, où il a déjà collaboré avec Yann LeCun.
« Dans le cadre d’une transition planifiée et soutenue par le conseil d’administration, le cofondateur et PDG de Nabla, Alex LeBrun, quittera ses fonctions pour devenir PDG d’AMI Labs » a confirmé dans un communiqué, Delphine Groll, cofondatrice de Nabla.
Nabla conservera toutefois un lien étroit avec le projet, un partenariat de recherche stratégique ayant été conclu entre les deux entités. Alexandre LeBrun restera également le président et le directeur scientifique en chef de l’IA de Nabla.
Des “world models” plutôt qu’une IA générative pour surpasser ChatGPT et Gemini
Sur le plan technologique, AMI Labs entend se démarquer des grands modèles de langage, comme ChatGPT d’OpenAI et Gemini de Google, qui dominent actuellement le secteur. Yann LeCun critique régulièrement les approches reposant exclusivement sur le texte. Il les juge insuffisantes pour atteindre une « intelligence artificielle générale » (IAG ou AGI), une IA égalant ou dépassant les capacités cognitives humaines.
« Le but de la startup est de provoquer la prochaine grande révolution de l’IA : des systèmes qui comprennent le monde physique, ont une mémoire persistante, peuvent raisonner et peuvent planifier des séquences d’action complexes », expliquait-il en novembre, sur son compte Facebook.
Ces systèmes, appelés « modèles mondes », ou “world models”, visent à intégrer la compréhension du monde physique à partir de données visuelles et spatiales, une orientation déjà explorée par Yann LeCun chez Meta avec son projet de recherche V-JEPA.

AMI Labs s’inscrit dans la continuité de ces travaux, tout en restant indépendante de Meta. Le groupe de Mark Zuckerberg, qui a préféré prendre le chemin des LLM pour venir concurrencer ChatGPT et Gemini, ne sera pas l’un de ses investisseurs. Il prévoit toutefois un partenariat technologique, lui permettant d’accéder aux avancées développées par la start-up parisienne, tout en mettant à disposition ses infrastructures.
L’annonce d’AMI Labs intervient dans un contexte de recomposition profonde de la stratégie IA de Meta. L’entreprise de Zuckerberg a été marquée par des réductions d’effectifs au sein de la recherche fondamentale et plusieurs départs de dirigeants tels que Yann LeCun, qui préfère explorer une autre voie que celle des LLM et de l’IA générative. Si le projet du Français suscite un fort intérêt, la validation de nouvelles architectures d’IA reste un processus long et incertain, dont les résultats pourraient se faire attendre plusieurs années.
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