Google DeepMind rend accessible Project Genie, une application web expérimentale qui permet de créer et d’explorer des mondes virtuels interactifs générés par intelligence artificielle. Basé sur le modèle Genie 3, ce prototype illustre les avancées rapides des IA de type « world model », tout en mettant en lumière leurs limites techniques actuelles.
Project Genie : créer et explorer ses propres mondes interactifs en 3D
Project Genie prend la forme d’une web app de recherche donnant accès aux capacités de Genie 3, un « modèle monde » présenté par Google, l’été dernier. L’outil permet de générer des environnements 3D explorables à partir de prompts textuels, d’images ou de croquis, puis de les parcourir en temps réel pendant une durée maximale de 60 secondes. L’utilisateur peut définir un décor, un personnage et son mode de déplacement, choisir une vue à la première ou à la troisième personne, puis naviguer dans un monde qui se construit dynamiquement en fonction de ses actions.
L’application repose sur une combinaison de plusieurs modèles de Google, dont Genie 3, Gemini et Nano Banana Pro. Avant l’exploration, une image fixe sert de « croquis » du monde : elle peut être modifiée ou enrichie avant de lancer la génération interactive. Une fois en session, les déplacements se font via des contrôles simples (clavier et souris), tandis que l’environnement est généré à la volée, à environ 20 à 24 images par seconde, en 720p.
Google présente Project Genie comme un prototype destiné à l’expérimentation créative. Anciennement ouvert à quelques chercheurs, il est désormais accessible aux personnes majeures abonnées à l’offre Google AI Ultra, et uniquement aux États-Unis, via Google Labs. L’abonnement est facturé 249,99 dollars par mois (274,99 € en France, hors promotion).

Des usages prometteurs, mais une IA « world model » encore très limitée
Sur le plan fonctionnel, Project Genie permet de créer, explorer et « remixer » des mondes existants, y compris à partir d’images importées. Il est possible de régénérer un même monde à partir du même prompt pour obtenir des variantes, ou de télécharger une vidéo de la session d’exploration. L’outil se positionne ainsi comme un bac à sable pour tester rapidement des ambiances, des idées de niveaux de jeux vidéo ou des concepts visuels sans passer par un moteur 3D traditionnel.
Google met également en avant des applications potentielles au-delà de l’industrie vidéoludique, notamment dans l’éducation, la visualisation scientifique, la création de contenus audiovisuels ou la recherche sur les agents incarnés. Genie 3 peut générer des environnements physiquement cohérents utiles pour tester des comportements d’agents IA, les entraîner, ou simuler des situations variées.
Malgré des résultats visuellement impressionnants, les limites sont nombreuses. Les mondes générés ne sont pas vraiment photoréalistes, respectent imparfaitement les prompts et peinent à maintenir une cohérence spatiale ou logique sur la durée. Les interactions restent très basiques : navigation, orientation de la caméra et déplacements simples, sans gameplay complexe. Google reconnaît également des problèmes de latence, de contrôle des personnages et une tendance du modèle à « oublier » ce qu’il a déjà généré, ce qui fragilise la continuité visuelle.
Sur le plan technique, plusieurs observateurs rappellent que Genie 3 ne calcule pas réellement de la 3D classique. Il prédit image après image en fonction des actions de l’utilisateur, à la manière d’un flux vidéo interactif, ce qui explique l’instabilité du rendu dès que l’action s’intensifie.
Project Genie : un impact sur la Bourse et l’industrie du jeu vidéo disproportionné
Malgré ces contraintes, la sortie publique de Project Genie a provoqué une réaction immédiate sur les marchés financiers. Plusieurs éditeurs et acteurs du jeu vidéo ont vu leur cours de bourse chuter : Unity Software a perdu environ 25 %, Take-Two Interactive (Grand Theft Auto 6) entre 8 et 10 %, la plateforme de création Roblox, plus de 10 %, et Nintendo autour de 5 %. Cette réaction traduit la crainte d’une automatisation massive de la création de jeux grâce à l’IA, comme voulue par xAI d’Elon Musk.
Pourtant, certains analystes ont qualifié cette panique d’« excessivement pessimiste ». Des experts rappellent que le moteur 3D Unity est déjà utilisé pour entraîner Genie 3 et que son propriétaire collabore avec Google DeepMind depuis plusieurs années. Ils estiment que ces outils pourraient surtout devenir des aides au développement, plutôt qu’un substitut aux moteurs existants.
La controverse porte aussi sur les données d’entraînement et le droit d’auteur. De nombreux mondes générés rappellent fortement des licences connues, comme Fortnite, Pokemon, Zelda ou Mario. Ce qui a conduit Google à renforcer rapidement les restrictions sur certains univers protégés. Project Genie appliquerait désormais des politiques strictes, bloquant notamment les contenus violents, adultes ou explicitement liés à des franchises sous licence.
Project Genie illustre à la fois le potentiel et les limites actuelles des world models, que des experts comme le français Yann LeCun considèrent comme la prochaine révolution de l’intelligence artificielle. Impressionnant en tant que démonstration technologique et outil de prototypage rapide, l’outil de Google reste loin de pouvoir remplacer un véritable moteur de jeu ou un processus de production complet. S’il a suffi à affoler investisseurs et observateurs, il confirme surtout que l’IA générative appliquée à l’interactivité en est encore à un stade expérimental. Et vous, pensez-vous que les créateurs de jeux vidéo ont du souci à se faire ?
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