La récente décision de Micron, fabricant d’informatique américain, de retirer sa marque Crucial du marché grand public est symptomatique d’une crise sans précédent. La mémoire vive, composant essentiel de tous les appareils électroniques, subit une tension extrême sous l’effet de la demande colossale générée par l’intelligence artificielle. Cette recomposition du secteur, dictée par une restructuration des priorités industrielles, provoque une envolée des prix et un risque de pénurie durable.
Micron abandonne la marque de RAM grand public Crucial au profit de l’IA
L’un des principaux points de rupture dans cette crise est apparu après que Micron a annoncé, la semaine dernière, l’arrêt progressif de sa marque Crucial. Elle constituait un emblème depuis 1996 dans l’univers de la RAM et du stockage SSD pour les technologies grand public. Le retrait sera effectif en 2026, après près de 30 ans d’activité, laissant les consommateurs sans l’un des acteurs historiques du marché.
La firme justifie ce choix par une reconfiguration stratégique face à l’essor de l’intelligence artificielle. Pour Sumit Sadana, vice-président exécutif de Micron, « la croissance des centres de données, stimulée par l’intelligence artificielle, a entraîné une forte augmentation de la demande en mémoire et en stockage ». L’entreprise privilégie désormais les segments les plus lucratifs, notamment la mémoire HBM destinée aux GPU, comme ceux de Nvidia, utilisés dans les infrastructures d’IA.
Pour Micron, l’équation est simple : les centres de données consomment bien plus que les particuliers et les géants de la tech commandent à tour de bras. En conséquence, ces changements dans la production contribuent à assécher l’offre et à amplifier la flambée tarifaire.
PC, smartphones, consoles… Une envolée des prix qui menace l’ensemble du marché électronique
Cette réallocation industrielle se répercute directement sur les consommateurs. Crucial était l’une des marques les plus prisées des passionnés d’informatique, qui appréciaient son accessibilité et sa fiabilité. Sa disparition risque d’accentuer la pénurie actuelle, dans un contexte où les tarifs de la mémoire ont déjà pris des proportions spectaculaires.
« Les prix ont augmenté de 50 % sur les derniers jours », voire « plus que doublé » pour certaines références haut de gamme, selon Alexandre Laurent, directeur de la rédaction de Next, cité par France Info. Plusieurs sites spécialisés relèvent des hausses de plusieurs centaines d’euros en quelques semaines. Les modules DDR5 à 32 Go vendus autrefois autour de 80 dollars atteignent désormais 300 dollars, tandis que la DRAM (mémoire vive dynamique) a progressé de 171 % en un an, nous informe Le Journal du Geek.
Les conséquences risquent de se répercuter au-delà des barrettes de mémoire vive vendues au détail, car les fabricants réduisent aussi l’offre pour les PC, consoles et smartphones. Xiaomi indiquait déjà fin novembre avoir réalisé un premier ajustement de ses tarifs sur les téléphones, tandis que d’autres estiment inévitable une hausse généralisée.
Cette inflation pourrait aussi avoir un impact sur la cybersécurité. D’après Dell, près d’un milliard d’ordinateurs fonctionnent encore sous Windows 10. Une moitié seulement pourrait être mise à jour vers Windows 11, 500 millions de machines étant trop anciennes, et donc vulnérables. D’autant plus que le système ne recevra plus de correctifs après le 13 octobre 2026. Des PC qui pourraient ne pas être remplacés dans certains foyers si les prix du neuf sont trop élevés.
Un écosystème saturé par l’IA et une crise qui devrait se prolonger…
La situation est aggravée par les investissements massifs des géants de l’IA ; et Micron n’est pas le seul acteur sollicité. Selon L’Express, OpenAI aurait conclu des accords préliminaires avec Samsung et SK Hynix pour alimenter son projet de datacenters Stargate, nécessitant d’ici 2029 jusqu’à 900 000 « wafers » par mois, soit environ le double de la production mondiale actuelle en HBM.
Ces achats titanesques privent mécaniquement le marché grand public d’une part importante de l’offre, forçant certains fabricants de PC comme Framework à suspendre la vente de modules RAM séparés pour limiter la spéculation.

Du côté des fabricants de mémoire, la prudence domine. Malgré une demande record, Samsung et SK Hynix ne prévoient pas d’augmenter significativement leurs capacités de production par crainte d’une future surproduction. Selon plusieurs analystes, cette retenue pourrait prolonger la crise bien au-delà de 2028, contrairement aux estimations précédentes. Pire, pour Alexandre Laurent, les besoins de l’IA « ont le potentiel d’avaler toute la production mondiale », au point de peser sur l’ensemble des appareils du quotidien.
La fermeture de Crucial au profit d’une production tournée vers l’IA n’est que l’un des symptômes d’une crise structurelle : la mémoire vive est devenue l’un des goulots d’étranglement majeurs de la révolution technologique actuelle. À mesure que l’intelligence artificielle absorbe l’essentiel des ressources disponibles, le marché grand public fait face à une flambée durable des prix et à un risque de pénurie étendue, sans perspective claire de retour à la normale.
Alors, allez-vous vous précipiter en magasin pour acheter votre RAM ou vos futurs appareils électroniques, avant que les tarifs n’explosent davantage ?
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