Le collier connecté Friend, dont les affiches publicitaires ont été placardées dans le métro parisien depuis le début de l’année, ne sera finalement pas tout de suite lancé en Europe . Face aux exigences du Règlement général sur la protection des données (RGPD) et à une polémique liée à la question de la vie privée, la start-up américaine a décidé de suspendre la commercialisation de son produit sur le Vieux Continent. Ce compagnon intelligent serait en effet capable d’interagir et écouter en continu son utilisateur…
Le lancement du collier connecté Friend stoppé net par le RGPD
Initialement attendu en France et dans l’Union européenne, le collier Friend a vu son déploiement interrompu après plusieurs semaines de controverses. En cause, son fonctionnement même : un dispositif capable d’écouter en permanence l’environnement sonore de son porteur. Face à ces enjeux, l’entreprise a préféré temporiser.
« Nous voulons nous assurer que nous sommes entièrement conformes au RGPD avant d’expédier le pendentif à l’UE », a déclaré Avi Schiffmann, directeur général de la start-up.
Cette mise en pause concerne l’ensemble du marché européen, alors même que le produit est déjà disponible aux États-Unis et au Canada depuis 2025 pour environ 100 dollars (85 €).
Les inquiétudes portent principalement sur la collecte de données. Le dispositif peut capter des conversations impliquant des tiers, sans leur consentement. Un système intrusif qui entre en conflit avec le cadre juridique européen. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) s’est d’ailleurs autosaisie du sujet dès février, évoquant le risque d’une « collecte massive de données possiblement sensibles ».
Les interrogations concernent aussi le devenir de ces informations : leur stockage, leur sécurisation, mais aussi leur éventuelle réutilisation pour entraîner les systèmes d’intelligence artificielle. Sur le plan légal, certains experts rappellent également que l’enregistrement de conversations à l’insu des personnes concernées peut exposer les utilisateurs eux-mêmes à des risques juridiques.
Friend.com dans le métro : une campagne publicitaire qui fait polémique
La suspension du lancement intervient dans un contexte de forte exposition médiatique. Depuis le début de l’année 2026, Friend s’est fait connaître à travers une campagne d’affichage massive, notamment dans le métro parisien, avec des slogans mettant en avant une relation quasi humaine.
Mais cette stratégie a rapidement suscité des réactions négatives. Les affiches ont été critiquées, parfois dégradées, et largement relayées sur les réseaux sociaux. Des responsables politiques se sont depuis penchés sur la question. C’est d’ailleurs le député écologiste Jérémie Iordanoff qui avait saisi la Cnil pour demander une enquête.

Si beaucoup de retours du public sont négatifs, la controverse a tout de même participé à la visibilité du produit. Mais paradoxalement, cette attention médiatique a contribué à accélérer la décision de l’entreprise. Avi Schiffmann reconnaît que « le succès de la campagne parisienne a certainement accéléré l’urgence » de se conformer aux règles européennes. Aux États-Unis, une campagne similaire dans le métro new-yorkais aurait coûté jusqu’à un million de dollars, illustrant l’ampleur des investissements marketing engagés.
Malgré cette exposition, les résultats commerciaux restent modestes. En octobre 2025, environ 3 000 colliers avaient été vendus, générant près de 348 000 dollars de revenus. Une performance qui interroge sur la viabilité économique du projet, d’autant que les dépenses publicitaires sont particulièrement élevées.
Le collier IA Friend : un objet technologique controversé
Au-delà de l’actualité réglementaire, le collier Friend soulève des questions plus profondes sur son usage et sa finalité. Présenté comme un « ami IA », il se distingue des assistants vocaux classiques, tels que le Plaud NotePin S, par sa dimension émotionnelle. Porté en pendentif, il écoute en continu et envoie des messages personnalisés sur le smartphone de l’utilisateur, allant des encouragements aux commentaires sur son quotidien.
Cette promesse repose sur une présence constante, sans activation nécessaire. L’objectif affiché est de lutter contre la solitude en proposant une interaction permanente. Le produit s’adresse notamment à un public hyperconnecté en quête de lien social. Une approche évoquant les expérimentations actuelles de Sam Altman (OpenAI) avec Jony Ive (ex-Apple), qui nous promettent des assistants IA vocaux révolutionnaires.
Mais cette approche suscite des critiques. Certains observateurs dénoncent un dispositif intrusif, transformant l’intimité en données exploitables. D’autres pointent du doigt une vision appauvrie des relations humaines, réduites à une disponibilité sans faille et sans conflit.
Des tests réalisés par des médias spécialisés ont également mis en lumière des limites techniques : difficultés de compréhension du contexte, réponses inadaptées ou décalées. Ces dysfonctionnements fragilisent une promesse déjà sujette à polémiques.
La start-up, fondée en 2023 par Avi Schiffmann, affirme que les données sont stockées localement et chiffrées. Elle a levé 2,5 millions de dollars en 2024 et positionne son produit comme une innovation majeure dans le domaine des objets connectés. Mais son modèle, basé sur une écoute permanente, semble difficilement compatible avec les exigences européennes en matière de protection des données.
Le cas Friend illustre les tensions croissantes entre innovation technologique et respect de la vie privée. Si l’objet a réussi à capter l’attention grâce à une communication efficace, il se heurte désormais à des obstacles réglementaires et éthiques majeurs. En suspendant son lancement en Europe, la start-up reconnaît implicitement les limites de son modèle actuel. Reste à savoir si elle parviendra à adapter son produit aux standards européens, ou si ce type de dispositif restera incompatible avec les exigences en matière de données personnelles. Et vous, que pensez-vous du collier Friend ou du principe des IA vocales, comme Gradium, qui répondent même de vive voix ?
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